Publié le 20 octobre 2014

Ali Bourezg, vient tout juste d'obtenir un DES (Diplôme d'Etudes Spécialisées) de médecine générale à la Faculté de Médecine de Strasbourg et a choisi de construire sa thèse autour du Dossier Médical Personnel. Pour ce faire, il a travaillé aux côtés du Dr. Omer Berjaoui (pionnier du "Web DMP") et s'est entre autres fait aider par Alsace e-santé. Sa problématique est la suivante : Quelles sont les représentations entourant l’ouverture d’un DMP, aussi bien de la part des médecins généralistes que de la part des patients ?

Quelles sont les grandes lignes développées dans votre thèse ?

Le DMP rencontre peu de succès auprès des médecins généralistes et semble peu connu des patients. Mon hypothèse est que les représentations, à la fois des médecins généralistes mais aussi des patients, ont un impact sur l’utilisation ou non du DMP.

J'ai effectué une étude qualitative descriptive en cabinet de médecine générale. Puis, 108 patients et 67 médecins ont répondu à un questionnaire au sujet du DMP qui leur a été adressé.

Le temps moyen d’ouverture d’un DMP était alors de 14 minutes avec un logiciel non interopérable, celui-ci incluant l'information nécessaire du patient en amont comme les réponses à ses questions. 72% des patients répondants ne connaissaient pas le DMP. 79% des médecins répondants n’avaient jamais proposé d’ouverture de DMP à leurs patients. Les raisons invoquées étaient principalement un manque de temps et une inquiétude concernant le respect du secret médical. Enfin, un tiers des médecins jugeait le DMP inutile.

Cette étude a permis de tirer plusieurs conclusions : malgré leur manque de connaissance sur le sujet, les patients sont, contrairement aux médecins, convaincus de l’utilité du DMP. Les médecins associent le DMP à une tâche administrative inutile, chronophage, insécurisée, dérangeant «la fluidité habituelle» de leur consultation. Ces représentations du DMP chez les généralistes font qu’ils ne sont pas les porteurs du projet.

 

Pourquoi avoir choisi cette thématique ?

Au cours de mon stage praticien, j'ai pu mesurer la difficulté d’avoir accès à certaines données. Le DMP me semblait la solution idéale pour améliorer cet état de fait. Je me suis rendu compte que la capacité technologique permettant de mettre en place ce dossier existait, mais je ne comprenais pas pourquoi le DMP était si peu utilisé par mes collègues. Parmi les possibles facteurs pouvant influer sur cette phase de déploiement, j'ai émis l’hypothèse que les facteurs subjectifs avaient un rôle majeur dans cette difficulté de déploiement. 

 

Quels enseignements tirez-vous de vos différents échanges avec les médecins dans le cadre de cette thèse ?

Les médecins ont une idée arrêtée sur le DMP alors que la plupart ne l'ont jamais essayé. Quant aux rares premiers utilisateurs, qui voient toujours l'accès à un DMP comme quelque chose de fastidieux, ils s'en détournent car ils ne trouvent pas dans cet outil des réponses à leurs attentes.

Le manque de pilotage du projet sur le plan national sans appui politique ferme s'est nettement fait sentir.

Les promoteurs locaux font ce qu'ils peuvent avec l'outil actuel : patients et médecins sont intéressés par le projet mais la forme actuelle de celui-ci ne convient pas au médecin.

 

Quelles sont selon vous les perspectives relatives à l’évolution du DMP ?

Je propose 4 pistes pour améliorer l’implication des médecins qui reste selon mon étude le véritable facteur permettant le déploiement du DMP : 

1. Rendre le DMP plus efficace et moins chronophage :

  • Ouverture (voire alimentation) automatisée du DMP (sauf volonté contraire exprimée par écrit)
  • Amélioration des aspects techniques, imposés et sans frais supplémentaires pour les médecins

2. Rendre l’utilisation du DMP plus fréquente : le médecin ne doit essayer qu'une seule fois le DMP pour être convaincu de son utilité et en faire un outil quotidien

3. Favoriser l'intérêt des médecins :

  • Augmenter l'information et la formation (obligatoire durant le cursus d'externat et d'internat)
  • Indemniser les médecins pour une certaine quantité de DMP non pas ouverts mais utilisés à une fréquence définie (et uniquement en phase de déploiement)

4. Identifier et travailler sur les représentations concernant le DMP : mise en place d'une équipe Qualité

 

Quel a été le rôle d’Alsace e-santé dans la construction de cette thèse ?

Les collaborateurs d'Alsace e-santé m'ont éclairé sur plusieurs points techniques et légaux concernant le DMP et m'ont permis d'avoir des données chiffrées.  Alain Kleimberg, Coordinateur régional DMP et Emmanuel Miclo, Conseiller DMP - Alsace e-santé, m'ont également fourni plusieurs sources sur lesquelles j'ai pu travailler. Ils ont relu ma thèse et ont rectifié certains points. Je me suis également inspiré de tous leurs efforts et ingéniosité pour la promotion et le déploiement du DMP en Alsace. 

 

Quels sont vos projets à présent ?

Je vis actuellement à Montreux au bord du lac Léman, près des montagnes où j'ai grandi. J'exerce dans le domaine des Urgences notamment en tant que médecin de garde. J'attends avec impatience la possibilité d'ouvrir mon DMP seul à la maison, d'alimenter seul une fiche d'antécédents qui pourra être validée ou non par mon médecin généraliste.


Thématiques abordées : DMP, partage données