Publié le 16 décembre 2014
Pr Philippe Wolf

Pr Philippe Wolf, coordinateur des activités de prélèvement et transplantation aux HUS, médecin référent du réseau régional du prélèvement PréAl

Pr Philippe Wolf, coordinateur des activités de prélèvement et transplantation aux Hôpitaux universitaires de Strasbourg (HUS), médecin référent du réseau régional du prélèvement PréAl, participe avec conviction aux groupes de travail du projet Simral. Il attend des retombées très concrètes de la télé-imagerie dans sa pratique médicale.

Expliquez-nous en quoi le partage d’images médicales contribuera à améliorer le prélèvement d’organes.

« Imaginons un donneur d’organe à Mulhouse. Il vient de passer à l’état de mort cérébrale : pendant quelques heures, son cœur continuera à battre et irriguera encore ses organes. L’Agence de la biomédecine identifie les receveurs, parmi la liste d’attente nationale, suivant les règles d’attribution des greffons : le foie est pour un patient de Bordeaux, le pancréas à Paris, le rein à Nantes. Les chirurgiens contactés dans ces villes doivent prendre l’avion dans l’heure pour venir prélever les organes. Ils ont aujourd’hui les seuls comptes rendus d’imagerie médicale pour se préparer. Or lorsqu’il y a des anomalies de vaisseaux, cela rend compliqué le prélèvement de deux organes voisins : il y a des zones de conflit de territoire anatomique ! Si les équipes, avant de partir, avaient accès aux images, cela éviterait bien des négociations à 2h du matin autour de la table d’opération. Par exemple, si l’on découvre une particularité, on peut alors décider d’envoyer un chirurgien préleveur plus expérimenté ou bien obtenir ses directives avant de partir. Au final, cela peut permettre de prélever plus d’organes dans des situations « limites » et d’augmenter le nombre de greffes. »

Comment ce partage d’images médicales va-t-il fonctionner ?

« L’Agence de biomédecine détient un dossier sur chaque donneur, le dossier cristal, auquel se connectent les professionnels de la greffe. L’idée est d’ajouter un lien dans ce dossier qui conduira les chirurgiens se préparant aux prélèvements d’organes directement vers le dossier des images médicales du donneur stockées dans Simral. »

Quelle autre contribution l’e-santé pourrait-elle apporter au prélèvement d’organe ?

« Quand on prélève un foie, même si on connaît tous les paramètres biologiques, cela ne suffit pas toujours à évaluer sa qualité. Il faut observer sa couleur, qui doit être bien brune, et sa réaction à la pression. Si un jeune chef de clinique veut avoir un avis aujourd’hui, il envoie aujourd’hui une photo à un sénior. Mais c’est insuffisant : ce dernier aurait besoin plutôt d’un échange vidéo. C’est pourquoi j’ai proposé un projet de télé-expertise en matière de prélèvement d’organe, qui fait partie des projets notifiés à l’ARS Alsace. »